Dans cet entretien, Sophie Leroux, journaliste spécialisée dans les questions culturelles, s’entretient avec Nataliya Prokopenko, coordinatrice du programme Artistes en situation d’urgence à la Fondation de France. Basée à Paris et riche de 14 ans d’expérience, elle partage son expertise sur les artistes ukrainiens en exil et en résidence en France en 2026. Cet échange explore les dispositifs d’accueil, les défis rencontrés par ces artistes et les perspectives pour l’avenir.
Contexte : combien d’artistes ukrainiens en France ?
Sophie Leroux : Nataliya, pouvez-vous nous donner une idée du nombre d’artistes ukrainiens actuellement présents en France ?
Nataliya Prokopenko : Absolument, Sophie. Actuellement, nous estimons qu’il y a environ 300 artistes ukrainiens qui ont trouvé refuge en France. Ce chiffre inclut ceux qui participent à des programmes de résidence ainsi que ceux qui se sont installés de manière plus indépendante. Ces artistes, issus de disciplines variées comme la peinture, la sculpture ou encore la photographie, apportent une richesse culturelle indéniable à notre pays. Leur présence est également soutenue par des initiatives spécifiques comme notre programme de résidences d’urgence, c’est-à-dire des solutions rapides et adaptées aux situations critiques. Au-delà des chiffres, ce qui est marquant, c’est leur capacité à s’intégrer et à contribuer à la scène artistique locale, souvent en collaboration avec des institutions françaises. En 2025, par exemple, un groupe d’artistes ukrainiens a organisé une exposition collective à Lyon, attirant plus de 2 000 visiteurs en seulement deux semaines. Cette dynamique est significative pour l’art contemporain ukrainien, qui trouve ainsi une nouvelle audience en France.
Q1–Q4 : les dispositifs de résidence
Sophie Leroux : Quels sont les principaux dispositifs de résidence qui existent pour les artistes ukrainiens en France ?
Nataliya Prokopenko : Les dispositifs de résidence pour artistes ukrainiens en France sont nombreux et diversifiés. Par exemple, il y a des résidences d’urgence financées par des fondations privées et publiques, qui offrent un soutien immédiat en termes de logement et de matériel. Concrètement, ces résidences couvrent souvent la totalité des frais de séjour pour une durée de trois à six mois, un chiffre qui dit tout sur l’engagement des institutions françaises. Il existe également des résidences axées sur des projets spécifiques, permettant aux artistes de développer de nouvelles œuvres en collaboration avec des artistes locaux. Voilà ce qu’on observe : ces dispositifs sont conçus pour être flexibles et s’adapter aux besoins des artistes en exil. Un exemple probant est celui de la résidence à la Cité internationale des arts à Paris, qui a accueilli l’année dernière six artistes ukrainiens, leur offrant un espace de création en plein cœur de la capitale.
Sophie Leroux : Ces dispositifs sont-ils accessibles à tous les artistes, ou y a-t-il des critères spécifiques ?
Nataliya Prokopenko : Les critères d’accès varient selon le type de résidence, mais globalement, l’accent est mis sur l’urgence de la situation et le potentiel artistique du candidat. C’est-à-dire que nous évaluons non seulement le talent, mais aussi la capacité de l’artiste à s’adapter et à collaborer dans un nouvel environnement. Un autre aspect important est l’impact potentiel de leur séjour sur la scène artistique française et, par extension, sur l’art contemporain ukrainien. Les résidences cherchent à créer des échanges fructueux et durables entre les artistes et leurs homologues français. Par exemple, un projet récent a permis à un sculpteur ukrainien de travailler avec un atelier de fonderie français renommé, aboutissant à une sculpture monumentale exposée à Arles.
Sophie Leroux : Y a-t-il un exemple récent qui illustre le succès de ces dispositifs ?
Nataliya Prokopenko : Oui, un artiste en particulier vient à l’esprit, bien que je ne puisse pas nommer de bénéficiaires spécifiques. Il s’agit d’un peintre qui, grâce à sa résidence en France, a pu organiser une exposition à Paris en collaboration avec une galerie locale. Cet événement a non seulement permis de faire connaître son travail, mais a également renforcé les liens entre la diaspora ukrainienne en France et la communauté artistique française. Concrètement, ce type de réussite est le fruit d’une collaboration étroite entre les artistes ukrainiens et les institutions d’accueil. Une autre artiste, spécialisée en performance, a pu présenter son travail dans plusieurs festivals en France grâce au soutien logistique et financier de sa résidence, atteignant un public diversifié et élargi.
Sophie Leroux : Quels défis majeurs ces artistes rencontrent-ils en arrivant en France ?
Nataliya Prokopenko : Les défis sont nombreux et variés. Outre le choc culturel et linguistique, beaucoup d’artistes ukrainiens doivent s’adapter à de nouvelles méthodes de travail et à une scène artistique différente. Un autre défi majeur est le financement à long terme. Bien que les résidences d’urgence offrent un soutien initial, il est essentiel pour les artistes de trouver des moyens de pérenniser leur activité une fois la période de résidence terminée. Voilà ce qu’on observe : la nécessité d’un soutien continu et d’un réseau solide pour garantir une intégration réussie. Par exemple, un compositeur ukrainien a récemment exprimé la difficulté de trouver des financements pour continuer à produire ses œuvres après une résidence de six mois à Marseille.
Les résidences disponibles en 2026 : panorama
En 2026, la France offre une variété de programmes de résidence adaptés aux artistes ukrainiens, répondant à des besoins aussi divers que possibles. Parmi ces programmes, on trouve des résidences artistiques d’urgence, des résidences thématiques et des programmes de collaboration internationale.
Les résidences d’urgence sont conçues pour fournir un soutien immédiat et crucial aux artistes en exil. Elles offrent généralement un hébergement, un espace de travail et un soutien financier pour une période de trois à six mois. Ces résidences sont souvent situées dans des régions où la scène artistique est dynamique, comme Paris, Lyon ou Marseille, permettant aux artistes de bénéficier d’un réseau professionnel riche et stimulant. En 2025, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a accueilli plus de 50 artistes ukrainiens dans le cadre de ces programmes, créant un véritable vivier d’innovation artistique.
D’autre part, les résidences thématiques se concentrent sur des disciplines spécifiques, telles que la photographie, la sculpture ou la peinture. Par exemple, certains programmes à Paris se spécialisent dans l’accueil de photographes ukrainiens contemporains, leur offrant l’opportunité d’explorer de nouveaux styles et techniques en collaboration avec des photographes français. Lors d’une résidence dédiée à la photographie, un artiste a eu l’opportunité de documenter la vie quotidienne dans les quartiers multiculturels de Paris, une œuvre qui a été saluée pour sa profondeur et son originalité.
En outre, les programmes de collaboration internationale visent à encourager les échanges culturels et artistiques entre les artistes ukrainiens et leurs homologues français. Ces résidences favorisent le développement de projets communs, renforçant ainsi les liens entre les deux pays. Les artistes participant à ces programmes peuvent bénéficier de partenariats avec des galeries, des musées et des centres culturels, facilitant l’organisation d’expositions et d’événements publics. En 2025, plus de 15 projets collaboratifs ont été réalisés dans le cadre de ces résidences, mettant en lumière des œuvres qui ont fait le tour des galeries françaises.
Enfin, il est important de noter que certaines résidences mettent également l’accent sur la préservation et la promotion de l’artisanat et savoir-faire ukrainiens en France, intégrant ces éléments traditionnels dans un contexte contemporain pour enrichir la culture artistique française. Une exposition récente à Strasbourg a mis en avant des textiles et des motifs traditionnels ukrainiens, attirant des milliers de visiteurs et suscitant un intérêt renouvelé pour ces techniques anciennes.
Q5–Q8 : candidater, les critères, les erreurs courantes
Sophie Leroux : Comment les artistes ukrainiens peuvent-ils candidater à ces résidences en France ?
Nataliya Prokopenko : Pour candidater, les artistes doivent généralement soumettre un dossier de candidature comprenant leur biographie, un portfolio de leurs œuvres, ainsi qu’une lettre de motivation. Ce processus est souvent facilité par des plateformes en ligne dédiées aux résidences artistiques. Il est crucial que les artistes soient précis et concis dans la présentation de leur projet, en soulignant non seulement leur talent, mais aussi leur besoin urgent de soutien. Concrètement, les candidatures sont souvent très compétitives, donc chaque détail compte. En 2025, la Fondation de France a reçu plus de 500 candidatures pour seulement 50 places disponibles, illustrant la compétitivité de ces opportunités.

Sophie Leroux : Quels sont les critères d’évaluation les plus importants pour ces candidatures ?
Nataliya Prokopenko : Les critères d’évaluation varient, mais incluent généralement l’originalité et la qualité artistique du travail, la pertinence du projet proposé, ainsi que la capacité de l’artiste à s’intégrer dans un nouvel environnement culturel. Un autre aspect essentiel est la viabilité du projet à long terme, c’est-à-dire la manière dont l’artiste compte poursuivre et développer son travail après la résidence. Voilà ce qu’on observe : les résidences cherchent des artistes capables de créer un impact durable sur la scène artistique locale. Par exemple, un projet de résidence doit démontrer comment l’artiste prévoit de collaborer avec des institutions françaises ou de participer à des événements culturels nationaux.
Sophie Leroux : Quels sont les erreurs les plus courantes que vous voyez dans les candidatures ?
Nataliya Prokopenko : Une erreur fréquente est le manque de clarté dans le projet présenté. Les artistes doivent être capables d’articuler clairement leurs objectifs et la manière dont la résidence contribuera à leur développement professionnel. Un autre piège est de négliger l’aspect logistique, comme la préparation d’un budget réaliste ou la compréhension des conditions de visa. Un chiffre qui dit tout : environ 30 % des candidatures sont rejetées en raison de dossiers incomplets ou mal préparés. Un exemple fréquent est l’oubli de traduire certains documents essentiels en français ou en anglais, ce qui peut retarder le traitement de la candidature.
Sophie Leroux : Y a-t-il des ressources spécifiques que vous recommandez pour aider les artistes dans ce processus ?
Nataliya Prokopenko : Oui, la Fondation de France propose des ateliers et des sessions de mentorat pour aider les artistes à préparer leur candidature. De plus, des ressources en ligne comme l’annuaire des artistes ukrainiens peuvent fournir des informations précieuses sur les opportunités disponibles. Il est également utile de se connecter avec des artistes qui ont déjà participé à des résidences pour recevoir des conseils pratiques. Concrètement, ces ressources peuvent faire la différence entre une candidature réussie et une candidature rejetée. En 2025, une série de webinaires a été organisée pour guider les artistes dans la rédaction de leur dossier, réunissant plus de 200 participants.
Soutenir et rejoindre les artistes ukrainiens

Soutenir les artistes ukrainiens en exil est une tâche essentielle qui nécessite l’engagement de diverses parties prenantes, y compris les institutions culturelles, les gouvernements locaux et le grand public. Les résidences artistiques jouent un rôle clé dans cet effort en offrant non seulement un abri et des ressources, mais aussi un espace pour l’expression et la création.
Les institutions culturelles françaises ont mis en place plusieurs initiatives pour faciliter l’intégration des artistes ukrainiens. Par exemple, des collaborations avec des musées et des galeries locales permettent d’organiser des expositions et des événements qui mettent en lumière le travail des artistes en résidence. Ces événements offrent une plateforme pour partager leur culture et leur histoire avec le public français, créant ainsi des ponts entre les deux nations. Une exposition récente au Musée d’Orsay a mis en avant les œuvres de plusieurs artistes ukrainiens, attirant l’attention des médias nationaux et internationaux.
Le public peut également jouer un rôle actif en soutenant ces artistes par divers moyens. Assister à des expositions, participer à des ateliers ou simplement partager les œuvres sur les réseaux sociaux sont autant de façons de montrer son soutien. De plus, certaines plateformes de financement participatif permettent au grand public de contribuer directement à des projets artistiques spécifiques. En 2025, une campagne de crowdfunding a permis de financer une tournée en France pour une troupe de théâtre ukrainienne, illustrant l’impact potentiel de ces initiatives.
Enfin, il est crucial de reconnaître l’importance de la communauté ukrainienne en France et ses besoins culturels. En collaborant étroitement avec cette communauté, les artistes peuvent bénéficier d’un réseau de soutien solide, essentiel pour leur intégration et leur succès en France. Des événements communautaires réguliers, comme les festivals culturels ukrainiens organisés à Paris, offrent des opportunités de collaboration et de visibilité précieuses.
Q9–Q10 : l’avenir du programme
Sophie Leroux : Quels sont les plans futurs pour le programme de résidence pour artistes ukrainiens ?
Nataliya Prokopenko : Nous prévoyons d’élargir le programme pour inclure davantage de disciplines artistiques et de renforcer les partenariats internationaux. Par exemple, nous travaillons à établir de nouvelles résidences en collaboration avec des institutions à travers l’Europe. Un chiffre qui dit tout : nous espérons augmenter de 20 % le nombre de résidences disponibles d’ici l’année prochaine. Voilà ce qu’on observe : un besoin croissant de soutien pour les artistes en exil, et nous nous engageons à y répondre. Nous envisageons également d’introduire des résidences axées sur les arts numériques, répondant à la demande croissante pour ce médium.
Sophie Leroux : Comment envisagez-vous l’intégration des artistes ukrainiens dans la scène artistique française à long terme ?
Nataliya Prokopenko : L’intégration à long terme dépendra en grande partie de notre capacité à créer des réseaux durables et à encourager les collaborations entre artistes ukrainiens et français. Nous envisageons également d’organiser plus d’événements interculturels qui célèbrent à la fois la diversité et l’unité des expressions artistiques. Concrètement, il s’agit de créer un environnement où les artistes peuvent non seulement survivre, mais prospérer. En soutenant des projets à long terme, nous espérons que les artistes ukrainiens deviendront des acteurs clés de la diaspora ukrainienne en France. Un exemple potentiel serait la création d’un festival annuel dédié aux arts ukrainiens, qui pourrait attirer des visiteurs du monde entier.
5 questions rapides — vrai/faux
Sophie Leroux : Le financement des résidences est-il toujours assuré par des fonds publics ?
Nataliya Prokopenko : Faux. Bien que les fonds publics jouent un rôle important, de nombreuses résidences sont également financées par des fondations privées et des mécènes.
Sophie Leroux : Les artistes doivent-ils obligatoirement parler français pour être acceptés ?
Nataliya Prokopenko : Faux. La majorité des programmes n’exigent pas la maîtrise du français, l’anglais étant souvent suffisant.
Sophie Leroux : Les résidences incluent-elles toujours un espace de travail dédié ?
Nataliya Prokopenko : Vrai. La plupart des résidences offrent un espace dédié pour permettre aux artistes de travailler dans de bonnes conditions.
Sophie Leroux : Les résidences sont-elles ouvertes aux artistes de toutes disciplines ?
Nataliya Prokopenko : Vrai. Les résidences accueillent des artistes de toutes disciplines, bien que certaines soient spécialisées.
Sophie Leroux : L’accès aux résidences est-il limité aux artistes professionnels ?
Nataliya Prokopenko : Faux. Certains programmes sont également ouverts aux artistes émergents ou en début de carrière.
Vos conseils finaux…
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Préparez soigneusement votre candidature. Assurez-vous que votre dossier est complet et présente clairement votre projet artistique ainsi que vos besoins spécifiques.
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Réseautage et collaborations. Engagez-vous activement avec la communauté artistique locale et participez à des événements pour créer des opportunités de collaboration.
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Soyez flexible et adaptable. Les résidences offrent un cadre unique pour expérimenter et évoluer, alors soyez prêt à explorer de nouvelles idées et méthodes de travail.
Pour rester informé des expositions et événements où ces artistes en résidence présentent leur travail au public français, l’agenda des événements ukrainiens en France recense les rendez-vous culturels à ne pas manquer.
En conclusion, le soutien aux artistes ukrainiens en résidence en France est crucial pour leur intégration et leur développement artistique. Pour en savoir plus sur la communauté ukrainienne en France et ses besoins culturels ou l’artisanat et savoir-faire ukrainiens en France, vous pouvez consulter les ressources disponibles en ligne.